Le futur de la Global Reporting Initiative: vers un reporting intégré ? Juin 2010 |
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There are no translations available. LE FUTUR DE LA GLOBAL REPORTING INITIATIVE: VERS UN REPORTING INTÉGRÉ? (146.40 KB) Le 3ème congrès de la GRI fin mai à Amsterdam a été l'occasion de faire le point sur les 10 ans des lignes directrices du reporting ESG (Environnemental, Social et Gouvernance) et sur le futur de la GRI. L'initiative est un succès : les entreprises communiquent de plus en plus sur leurs données ESG. De fait, ce sont 3 100 rapports développement durable qui ont été identifiés par Corporate Register pour l'année fiscale 2008. Elles n'étaient environ que 600 10 ans plus tôt, lors de la 1ère version de la GRI. Réussites et lacunes de la GRILa GRI a fortement contribué à cette généralisation des pratiques de reporting ESG. Ce sont un tiers des rapports de l'année 2008 qui comportent un index des indicateurs de la GRI et 1 370 entreprises ont signalé à la GRI qu'elles utilisaient leurs lignes directrices. Cependant, dans les faits, l'influence de la GRI est plus large. En effet, la plupart des entreprises reprennent les indicateurs GRI dans leur reporting sans nécessairement le signaler à la GRI ni présenter un index des indicateurs GRI. Le reporting ESG a ainsi progressé très vite en Europe, berceau de la GRI. A tel point qu'en Espagne 80 % des entreprises utilisent les lignes directrices de la GRI pour leur reporting ESG. Depuis 2006 et la publication de la troisième version des lignes directrices la GRI a également développé des suppléments d'indicateurs sectoriels. Cela complète intelligemment les indicateurs universels dans la mesure où les enjeux ESG sont très sectoriels. Cette série de suppléments sectoriels a permis de donner un second souffle à la GRI, sans toutefois remédier à ses lacunes. Au-delà des chiffres encourageants sur le reporting ESG des entreprises il convient de se poser la question du dialogue avec les parties prenantes. En effet, le reporting des entreprises s'est construit en réponse aux attentes des parties prenantes qui souhaitaient créer le dialogue. Or aujourd'hui, malgré de réelles améliorations quantitatives et qualitatives, le reporting n'est pas un instrument de dialogue. Les rapports de développement durable, par exemple, ne servent pas à recueillir les retours des parties prenantes. Cet aspect est un point faible du développement de la GRI. On pourrait émettre les mêmes réserves concernant l'utilisation interne du reporting, dans une optique de management et d'amélioration de la performance. Peu d'entreprises intègrent des indicateurs ESG dans leurs tableaux de suivi ou dans leurs tableaux de bord. Si on observe une meilleure disponibilité des informations ESG grâce aux indicateurs GRI, leur utilisation reste également sujette à caution. Alors que la GRI est soutenue par de nombreuses parties prenantes (entreprises, ONG, organisations internationales, etc) les investisseurs semblent peu exploiter ces données. Leur recours aux agences de notation ESG et la création de cellules d'analyse interne atteste de ce manque de soutien. De plus, la communauté financière est peu représentée dans la gouvernance de la GRI. Aux yeux des investisseurs, les indicateurs GRI ont beau être comparables ils restent difficilement intégrables à leurs modèles d'analyse. Les investisseurs reprochent notamment au modèle de reporting GRI d'être trop étendu et de manquer de matérialité financière, un obstacle majeur compte tenu de leur métier. 2010 marque un pallier dans les pratiques de reporting des entreprisesLa GRI est un premier pas fondamental pour les acteurs qui souhaitent communiquer sur leur bilan ESG. Pourtant, avec la mobilisation croissante des acteurs, la GRI a tout intérêt à changer de ligne. On le voit, l'offre de données ESG s'étend et se structure. 2010, c'est aussi le reporting ESG qui s'accélère dans les pays émergents. De plus en plus d'entreprises publient leurs données ESG et leur stratégie développement durable. La tendance est très forte dans les BRIC, mais pas seulement. La GRI peut apporter des réponses dans ces pays où les démarches se formalisent. 2010 correspond aussi au vote positif et à la publication de l'ISO 26000. Le déploiement de la nouvelle norme ISO 26000, dont la version finale a passé un premier vote avec succès et sera publiée fin 2010, peut contribuer à étendre l'utilisation des indicateurs GRI. L'ISO 26000 annonce un nouvel élan pour la RSE à l'international et la GRI aurait tout intérêt à s'intégrer dans ce mouvement. Pourtant, et ce en dépit de l'intérêt de la GRI pour les organisations souhaitant mettre en œuvre l'ISO 26000, nous n'avons pas senti à Amsterdam que les acteurs de la GRI comptaient beaucoup sur l'ISO 26000. Des responsables de la GRI et de l'ISO ont bien présenté le tableau de correspondance entre les indicateurs GRI et les questions centrales de RS développées dans l'ISO 26000 mais l'ISO 26000 n'est que très rarement apparue dans les discussions. C'est dommage, puisque la démarche de reporting de la GRI pourrait être utile aux entreprises souhaitant démontrer leur implication dans l'ISO 26000. Par ailleurs, la non-certifiabilité de la norme renforce d'autant plus la démarche de preuve et de progrès que la GRI peut apporter. Quoi qu'il en soit, la correspondance entre les deux mouvements a été peu mise en avant, alors que les protocoles d'entente avec le Pacte Mondiale et l'OCDE étaient confirmés. La palette d'offre de services autour du reporting et des données ESG s'est aussi étoffé en 2010, signe que le reporting intéresse. Au niveau du processus interne du reporting ESG les éditeurs de logiciels et de SI ont incrémenté les indicateurs GRI dans leurs modules. Leurs solutions aident les entreprises souhaitant utiliser la GRI à faciliter et fiabiliser leur reporting ESG. Pour ce qui est de l'utilisation des données, Bloomberg a créé l'an dernier un module sur les données ESG, disponible sur tous les terminaux Bloomberg (environ 300 000 terminaux dans le monde). Reuters - via l'acquisition d'Asset 4 – leur emboite le pas en proposant 250 indicateurs ESG. C'est un grand pas en avant vers l'intégration des données ESG dans les modèles d'analyse des investisseurs et cela contribue à rapprocher reporting financier et reporting ESG. C'est sur ce plan que se joue le futur de la GRI. La réponse stratégique de la GRILe premier objectif de la GRI va dans le sens de l'universalisation du reporting d'ici 2015, conformément à la vocation de l'initiative. La GRI souhaite inciter chaque entreprise à communiquer son bilan ESG ou à expliquer pourquoi elle ne le fait pas. Le second objectif ne prévoit pas d'échéance précise mais pose la réflexion autour d'une éventuelle 4ème version des lignes directrices. La 3ème version n'a en effet pas encore tout à fait remédié aux lacunes identifiées par des parties prenantes, notamment dans les parties Droits de l'Homme et Responsabilité du fait des produits. Le troisième objectif est plus fondamental. Il s'agit de construire, d'ici 2020, des lignes directrices de reporting intégré. Le congrès de la GRI a été l'occasion de présenter un mouvement international qui appelle un reporting intégré, c'est-à-dire qui connecte l'approche financière à l'approche ESG. Faire un rapport intégré, c'est présenter dans le même espace (rapport annuel, site internet, etc) le bilan financier et le bilan ESG à travers des indicateurs pertinents. Robert Eccles (Harvard Business School) et Mike Krzus (Grant Thornton) ont formalisé ce courant dans leur livre « One Report : Integrated Reporting for a Sustainable Strategy ». La GRI soutient tout à fait ce mouvement qui pourrait convertir ceux qui n'ont pas été séduits par la GRI 3, en particulier les investisseurs. C'est du moins ce qu'on a pu relever auprès du public d'Amsterdam. Les investisseurs envisagent moins de rechercher à tout prix une relation entre la performance financière et la performance ESG mais prennent davantage en compte les liens entre les agrégats financiers et les indicateurs-clés non financiers. Dans cette optique, le rapprochement GRI-Integrated Reporting prend tout son sens. A ce titre, le symbole des représentants de la GRI sonnant la clôture de session à Wall Street le 14 mai dernier était très fort. C'est un signe supplémentaire de la GRI à l'attention des investisseurs et cela confirme le souhait de la GRI de s'orienter vers plus de matérialité financière. La GRI travaille également avec la SEC dans un groupe de travail sur les données ESG, avec entre autres Accounting for Sustainability. Le rapprochement avec l'Integrated Reporting pose néanmoins des questions sur la gouvernance de la GRI. Jusqu'à présent, les ONG avaient eu un rôle moteur dans l'initiative et dans l'utilisation des lignes directrices par les entreprises, en leur demandant plus de reporting ESG à l'appui des indicateurs GRI. Ces soutiens historiques seront-ils très séduits par l'idée d'intégrer des indicateurs économico-financiers ? Rien n'est moins sûr. Pourtant, la démarche présente beaucoup d'avantages. Tout d'abord, avoir un reporting intégré inciterait les entreprises à mieux prendre en compte les enjeux ESG dans leur stratégie. Ensuite, la démarche permettrait de proposer des reporting plus pertinents, centrés sur les enjeux significatifs. Cela passerait par une épuration saine du reporting ESG, pour aller vers l'essentiel, vers les 80/20. Enfin, l'adoption d'une présentation intégrée du bilan économico-financier et du bilan financier faciliterait l'utilisation des données ESG par les investisseurs. Robert Eccles est aussi très impliqué dans l'initiative XBRL. Ce mouvement incite les entreprises à proposer leur reporting dans un format informatique plus à même de favoriser le dialogue et l'utilisation des données : le XBRL. Ce serait donc un moyen pour faire du reporting un outil de dialogue avec les parties prenantes. Concrètement, on peut exporter facilement les données issues du reporting, alors que c'est loin d'être le cas avec les rapports au format PDF. Integrated Reporting met ainsi en lumière le cas de Natura, société brésilienne de cosmétique très avancée sur les questions de RSE. Natura a crée un site dédié au dialogue avec les parties prenantes. C'est un succès, puisqu'il y a environ 4 000 inscrits qui peuvent laisser leurs commentaires sur la stratégie développement durable, ouvrir des discussions sur un sujet précis, etc... En se rattachant à Integrated Reporting la GRI résout donc une de ses lacunes et se place encore plus dans le sens du nouveau reporting ESG : plus interactif, plus accessible et plus utilisable par tous. Au final, le congrès a marqué de nouvelles grandes orientations stratégiques. Le développement de l'initiative passe par un rapprochement avec les indicateurs financiers, que ce soit via l'implication de la GRI aux côtés d'Integrated Reporting ou via une 4ème version des lignes directrices. Le défi pour la GRI n'est plus d'inciter les entreprises à communiquer sur leur bilan ESG –alors qu'elles étaient réticentes à le faire jusqu'à il y a quelques années - mais bel et bien d'aider à construire un reporting plus pertinent et mieux utilisé par les acteurs. Sur ce terrain, il reste beaucoup à faire autour de 3 axes majeurs : recentrer le reporting dans une logique d'impact ESG, formaliser l'impact financier de la performance ESG et enfin créer un reporting de pilotage, outil d'aide à la décision. |