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La RSE contribue t-elle à la performance de l'entreprise? Les termes du débat et de la démonstration - Décembre 2010

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Ou comment la RSE améliore le bilan et la valeur de l'entreprise par une meilleure adéquation sociale face aux risques et aux opportunités On sait que les normes actuelles de la comptabilité publique ne reflètent pas la qualité de vie d'un pays, mais uniquement les flux échangés. De même, la mesure des résultats annuels d'une firme retracent essentiellement l'évolution des transactions aux conditions de marché à un moment donné.

D'où la difficulté à passer des comptes à la valeur ; d'où la difficulté à analyser la valeur du « bloc immatériel », dans lequel se mélange l'analyse de la réputation, des risques et de « la valeur sociétale ». Mais ce n'est pas parce que l'outil de mesure est (encore) insuffisant que la corrélation entre l'entreprise et la Société ne constitue pas un paramètre économique significatif, faisant apparaître les potentialités et les risques à moyen terme d'une entreprise. De nombreux travaux sont en cours pour mieux cerner « le bilan sociétal » de l'entreprise en complément de son bilan économique : ils éclaireront les futures recommandations comptables internationales d'indicateurs dits « extra-financiers » qui devraient voir le jour dans les années à venir. On n'est pas loin de disposer de tableaux de bord pertinents pour quantifier cette dimension sociétale.
Ces tableaux de bord RSE nourriront les référentiels déclaratifs qui se sont multipliés ; ils amélioreront les évaluations objectives demandées par les agences de notation, les autorités publiques et les parties prenantes, sans quoi la RSE est hors du champ économique.
Cet enjeu de la mesure économique de la relation sociétale de l'entreprise, devrait être maîtrisé au fur et à mesure de l'intégration du reporting RSE au rapport financier, comme la France vient de le décider clairement dans la loi Grenelle 2. Et si son application contribue à délivrer des données qui reflètent la performance et pas seulement la transparence pour la transparence....
Car en s'engageant dans une démarche qui relie performance financière et RSE, l'entreprise se donne des chances de faire valoir sa différence, au fur et à mesure que le marché se convertit à la « durabilité ». Et de rassurer sur son business model. Elle peut prouver aussi que cela ne coûte pas forcément cher et que cela lui rapporte de plusieurs façons. En diminuant sa vulnérabilité sociétale, avant tout.

1-L'ANALYSE ECONOMIQUE ou comment la RSE intervient sur le business-model
La RSE se définit à travers des pratiques environnementales, sociales, sociétales et de gouvernance (ESG) qui répondent plus ou moins à des attentes exprimées par les parties prenantes. Leur satisfaction entraîne des coûts opérationnels, des investissements et a des conséquences sur les dépenses et les recettes de l'entreprise, ainsi que sur le capital immatériel. La difficulté pour cerner ce phénomène économique est de deux ordres : la quantification de ces actions en vue de leur monétarisation, d'une part, et le décalage de leurs effets asymétriques dans le temps, d'autre part.
On distinguera trois types de situations économiques qui engendrent des investissements :
  • ceux qui répondent à des externalités négatives qui sont appelées à une prise en charge directe par l'entreprise, du fait des réglementations ou des risques judiciaires. Il faut distinguer celles qui concernent tout le secteur de celles qui concernent l'entreprise seule.
  • ceux qui correspondent à des apports ou des innovations qui seront reconnues par le marché et dont l'intégration produit un ROI, en termes de revenus, direct ou indirect ou de baisse des coûts (cf. éco-conception).
  • ceux qui correspondent à des engagements volontaires de l'entreprise, sur lesquels elle a une espérance de gain calculée, mais non avérée, et dispose d'encouragements éventuels.
Ces investissements peuvent avoir des ordres de grandeur financiers et des régimes fiscaux très différents et présenter des écarts importants entre ce qu'ils coûtent réellement – souvent moins qu'on ne le craint - et l'impact qui s'en suit et qui peut se révéler important à terme. C'est l'analyse du « business case RSE » de l'entreprise qui permettra de sélectionner et de prioriser les progrès RSE à envisager dans le cadre d'un calcul coût-bénéfice, en fonction de la criticité des pressions attendues sur les coûts d'exploitation et des effets sur les parts et les autorisations de marché. Ces scénarios économiques sont modélisables dans les grandes masses et dans un calendrier à moyen terme.

Mais l'impact de la RSE dépend aussi d'un facteur macro-économique: les conditions de la concurrence internationale. Si les normes jouent de manière différenciée; c'est toute la question des politiques publiques internationales qui est posée. L'entreprise aura besoin de stratégies de négociation ou de collaboration appropriées pour y faire face et éviter le dumping social et environnemental.

Mais son intérêt consiste à rechercher un avantage concurrentiel sur le terrain sociétal (ESG) pour se différencier, en proportionnant ses investissements par rapport aux retours calculés. Il lui faudra déterminer alors des stratégies de positionnement de son offre et l'optimiser via l'image de marque.

2-L'APPROCHE DES COUTS SPECIFIQUES A L'INVESTISSEMENT RSE
La RSE coûte-t-elle cher ? Si on veut bien répondre de manière rationnelle ou comptable - et non idéologique - à la question, on voit qu'il y a plusieurs niveaux d'analyse :
a) Il peut y avoir le coût des mises aux normes existantes pour les entreprises dont les pratiques sociales et environnementales ne s'inscrivent pas dans les règles de base requises dans un secteur donné. La RSE n'est pas en cause dans ce cas : on se trouve là dans le champ de la légalité.
b) Il y a des coûts de mise aux normes nouvelles, des bâtiments aux véhicules, ou d'intégration des prix croissants de matières premières ; leur internalisation est commune à tous les acteurs et fait partie d'une modification générale du modèle sectoriel, à compenser par des gains.
c) Il y a des coûts d'investissement en éco-conception (R&D, process industriels...), en matière d'attractivité sociale (ressources humaines) qui ressortent des choix d'entreprise. On est là dans la RSE concurrentielle dont la démarche se calcule en coûts d'opportunité (avantage relatif voulu).
d) Quant aux engagements volontaires à but d'image ou relationnels, ils s'inscrivent dans les choix marketing-communication, disposant parfois d'une fiscalité favorable (cf. mécénat).
Ce sont rarement des sommes importantes, par comparaison avec les précédentes. Ces investissements sont pour l'essentiel des charges amortissables sur plusieurs années. Ils sont fondamentalement des modes d'adaptation du modèle micro-économique, commun aux mêmes activités, créateur de valeur – à terme - et non des charges fonctionnelles; l'entreprise doit les retourner en avantage concurrentiel (pour créer un ROI) avec un management approprié (cf. notre modèle ecovalue®)

3-LES IMPACTS DE LA RSE SUR LES REVENUS ET LA VALEUR DE L'ENTREPRISE
L'investissement RSE va améliorer à la fois les revenus et la valeur de l'entreprise, de plusieurs façons qui se mesurent par des indicateurs (KPIs)
  • En diminuant ses risques, l'entreprise diminue les coûts directs de conflictualité et les coûts indirects, grâce à des relations fournisseurs et clients améliorées, une bonne gestion sociale; il s'agit d'abaisser les coûts assurantiels, les accidents, pénalités et contentieux divers.
  • L'innovation dans le sens du développement durable dégage aussi des gains de fonctionnement, à travers des process plus économes en énergie et en matières, une meilleure utilisation des capacités, l'optimisation du capital humain, la dématérialisation des flux et l'optimisation des déplacements, et transports etc...
  • La RSE en phase avec les attentes montantes des consommateurs dégage des avantages concurrentiels, allant du design aux nouveaux usages, de la baisse des prix au repositionnement sur des cibles délaissées jusqu'ici.
  • Ces stratégies d'adaptation aux nouvelles exigences et tendances créent des cercles vertueux : savoir-faire d'acquisition, obtention d'autorisations de marché, attraction des talents et des propositions et facilité à lever du capital. Difficile à comptabiliser, cela se constate dans un coefficient d'attractivité.
  • Le calcul économique de ces retombées peut s'opérer pour partie dans la comptabilité des flux (ventes, charges...) lorsqu'ils peuvent être reliés à des programmes RSE, mais aussi en utilisant les indicateurs extra-financiers (ESG) ayant une pertinence économique, tels ceux utilisés par les agences de notation et les fonds ISR et qui sont requis dans les reporting RSE.
  • Ce suivi des performances et leur comparaison sectorielle éclaire le goodwill, au travers de la reconnaissance des marques, au vu de la présence et de la part de marché de l'entreprise dans les déterminants de «la croissance verte» et de ses innovations. Au final, un tableau récapitulatif des coûts et retombées de l'engagement durable peut être suivi d'année en année afin d'apprécier la position de l'entreprise. C'est celui qui est recommandé dans les reporting de pilotage, (cf. modèle IRSE : choix des KPIs pertinents vis-à-vis du business case).

4-COMMENT LA RSE S'INTEGRE DANS LA DIMENSION FINANCIERE DE L'ENTREPRISE
Toute l'évolution en cours du reporting RSE a pour objectif de tourner la page des rapports d'affichage, actes de communication autonomes, valorisant des démarches d'engagement empathiques. On est entré dans l'étape de l'intégration des politiques RSE dans la gestion du modèle économique, expliquées et analysées au sein du rapport de gestion sous forme de tableaux de bord de performance RSE. C'est le sens du mouvement promu par l'International Integrated Reporting Committee animé par Bob Eccles, professeur à la Harvard Business School, auteur de «One Report». C'est ce que favorise la loi française Grenelle 2 (devenu L 225-102-1 du Code de commerce). Cette intégration appelle 3 analyses :
1) Elle reste encore une démarche partielle, encouragée par certains pays (France, Danemark, Australie, Inde...). Elle trouvera sa place structurelle dans l'information financière lorsque les autorités comptables et les autorités de marché, réclameront l'application de normes ESG élaborées de façon consensuelle. Le mouvement est enclenché depuis que nombre d'investisseurs utilisent de plus en plus ces données précises.
2) Elle apporte en l'état un regard nouveau sur les politiques RSE à destination des publics dirigeants (conseils d'administration, comités exécutifs, directions métiers, pays,
fonctionnelles...), pour les aider à apprécier si leur entreprise est bien positionnée dans une logique de création de valeur durable. En construisant un reporting de pilotage RSE, en plus du reporting de conformité, l'entreprise adopte une logique coût-bénéfice pour rendre son modèle « durable ».
3) La démarche d'intégration financière apporte enfin à la direction développement durable une légitimité fondamentale ; elle quitte le terrain de la communication pour entrer dans le modèle de développement, afin de proposer aux acteurs internes des schémas de construction de programmes, étudiés pour répondre à des enjeux, avec une appréciation des coûts et des ROI dans un calendrier à moyen terme. C'est l'outil « business plan DD » mis en équation économique.

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