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Intervention de Patrick d'Humières aux Etats-Généraux de l'ISO 26000

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L'Isntitut RSE management était partenaire des 2ième Etats-Généraux de la Responsabilité Sociétale - ISO 26000 qui se sont déroulés le mardi 7 décembre à l'Université Paris-Descartes.
Patrick d'Humières est intervenu dans la table ronde ayant pour thème : Régulation économique et ISO 26 000 - Démarches responsables et croissance durable. Vous trouverez ci-dessous l'intégralité de son intervention.
 
  • La RSE ne doit pas être une idéologie mais un outil dans le modèle économique : nous sommes dans un monde dont on ne peut se satisfaire : un développement qui progresse avec des fractures lourdes. S'agit-il de « poser des rustines » sur le système ou de « changer la roue en roulant » ?
  • De fait, il y a une compétition entre l'intérêt des États et la force des marchés ; c'est un mouvement historique qui n'est pas nouveau et qu'on a réglé jusqu'ici par la loi ou le laisser-faire.
  • Dans ce mouvement, la RSE est un outil de pilotage, régulateur, totalement nouveau, en train de s'inventer autour d'une vision "partie prenante collaborative", voire contractuelle mais qui sera longue à se trouver, pour autant qu'on le veuille et que les entreprises comprennent qu'elles ont plus à gagner à disposer d'un contexte favorable à tous que d'un contexte qu'elle détourne un temps pour elle.
Parce qu'il n'y a pas d'entreprise qui gagne dans un monde qui perd, faire gagner le monde est probablement la façon la plus sûre de faire gagner l'entreprise. Voilà le sens de la RSE....

Beaucoup voient la RSE comme une stratégie de réhabilitation de l'action privée qui court derrière sa critique.
Or, c'est un outil de la régulation du marché versus intérêt collectif, négocié entre acteurs.
Le paradoxe est que le monde émergent rentre dans notre schéma industriel (un développement qui crée de la valeur avec son lot de blessures sociales et environnementales), à beaucoup plus grande échelle, alors même que nos sociétés riches veulent revisiter ce schéma.
Et dans ce choc des modèles (c'est à dire comment concilier croissance et DD) les grands émergents ne voient plus la RSE comme une barrière (sociale et environnementale) aux échanges mais comme une façon de « tenir » des entités dont la puissance montante leur échappe, et sur le fonctionnement desquelles il est difficile d'agir...
Pour autant, il ne faut pas se tromper: le socle de la RSE n'est pas la signature de bonnes intentions.
Le socle sur laquelle elle se construit, c'est la comptabilité sociétale. Sans métrique reconnue (et l'ISO n'en définit pas) on reste dans l'état gazeux du déclaratif.
Si on veut passer dans le solide il faut généraliser, intégrer, standardiser une comptabilité sociétale (c'est le champ de l'IASB, des gouvernements et autorités de marché, plus que de l'ISO..) cf. loi Grenelle 2, IRC...

*L'ISO 26000 est la fin du cycle déclaratif, qui a atteint sa limite
*Avec la loi Grenelle 2 (G2), on entre maintenant dans le cycle normatif contrôlé, qui est l'enjeu collectif des 10 ans qui viennent (lien entre RSE, gouvernance, modèle économique, Stratégie nationale développement durable)

1) L'ISO vient clôturer le cycle pré-historique de la RSE qui s'est ouvert il y a dix ans à Johanesbourg et qui est confronté à la crédibilité des engagements proférés.
- La signature d'engagements est une bonne prise de conscience mais elle ne répond pas à l'enjeu : la confrontation du modèle ancien à un modèle durable attendu.
-L'ISR et le rating ne sont pas parvenus à structurer la crédibilité de la RSE parce que chacun y poursuit ses objectifs avec sa définition trop idéologique de la performance
-Il ne faut pas (se) ou tromper sur l'ISO qui apporte une définition mais reste dans le déclaratif (faussement labellisé ou non) tant que la certification du process n'existera pas (attention à l'imposture de dire je suis ISO 26 donc je suis responsable)

2) Avec la loi G2, on entre dans un nouveau cycle de construction collaboratif d'une RSE, outil de prise en compte d'enjeux publics par le privé, en attendant sa généralisation dans les politiques publiques de DD, reposant sur de la mesure et de la juste contrepartie
- Le vrai changement de la RSE est son appropriation par des États qui y voient la possibilité d'inventer un nouvel espace original de régulation micro-économique (= UE/ single market Act))
- Cette mutation reste suspendue à la construction d'un outil de reporting universel intégré aux comptes (IIRC), vérifiable, comparable, opposable ; cf. loi G2, G4...
- "La RSE contractualisée" (donc vérifiée) va enclencher un double mouvement de création de valeur durable (pilotage vers IDDEAL), utile aux investisseurs et de partenariat Etats-entreprise/ défi de croissance D (en contrepartie de progrès souhaités – cf. pharma/maladies rares, pédiatriques, vaccins...cf. IAA...) cf. ACI

La question qui se pose : est ce que le business subit cette évolution normative (Reach aux LO, Dood Franck, supervision financière, paradis fiscaux etc..), ou va-t'il exprimer une plus grande conscience politique en comprenant que son intérêt dépasse le cycle de vente trimestriel...(cf ciments..)

On a 10 à 20 ans pour favoriser cette évolution, sinon le business avancera le dos au mur : Encore faut-il
- que les dirigeants fassent l'effort de se pencher sur le sujet (et en fassent un avantage concurrentiel)
- que les professionnels sortent du champ de la communication et présente une véritable offre stratégique
- et que les Etats et les parties prenantes favorisent une dynamique pragmatique (cf. politique de RSE en Allemagne, Danemark, Australie..).

Saluons le travail d'étape (conceptuel) qui a été fait pour aboutir à l'ISO 26000 sans se méprendre ou raconter d'histoires sur ce que c'est et n'est pas (ne recréons pas avec l'ISO 26000 un faux affichage trompeur de RSE).

Sans un socle de comptabilité sociétale, pour fonder une articulation marché/régulation, qui fait que les entreprises vertueuses seront reconnues objectivement, on restera dans l'idéologie défensive.
La RSE remplacera à terme la communication "corporate" car elle est le premier message attendu en provenance des entreprises. Avant de se mettre en avant, il faut être responsable et le prouver et notamment dans les difficultés. C'est la différence entre un business sauvage qui a encore de beaux jours...et un "business constructif" , en lien avec la démocratie, qui considère que son destin n'est pas autonome mais qu'il est solidaire de la qualité durable de son contexte, pour ce qu'il peut...

Je Lance un appel : la commission ISO a montré une vraie capacité constructive (encore plus que celle du Grenelle) : construisons, entre parties prenantes, un « forum français RSE » qui rassemble les acteurs pour émettre des avis, faire des propositions et soutenir une politique publique RSE recherchant un consensus de régulation et l'amélioration du pacte social (cf art 225)
C'est entre forum nationaux que se construira le cadre de collaboration stratégique parties prenantes de l'économie mondiale: que l'OMC ne peut pas faire émerger aujourd'hui, que l'OIT recherche, que l'OCDE construit, que les accords d'échanges bilatéraux suscitent, que les normes privées encouragent...
On tient là le maillon qui manque entre croissance et durabilité. Notre vrai défi.