Au B4E Climate Summit, la révolution industrielle "verte" s'impose |
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There are no translations available. Télécharger l'article en version PDF Sous le thème « Reaching for Zero – Innovation, Growth and the Clean Industrial Revolution », le B4E Summit (Business for Entreprises) qui s’est tenu à Londres les 12 et 13 septembre a réuni des entreprises, des acteurs de la finance, des ONG, des experts et des représentants gouvernementaux afin de partager les expériences les plus innovantes en matière de mutation verte. Christiane Saint-Gratien, de l’Institut RSE Management, a participé à ce sommet et a sélectionné quelques fragments de cette conférence de très haut niveau. Après avoir rappelé les enjeux globaux liés à l’explosion de la démographie urbaine prévue dans les deux prochaines décennies (+2 milliards d’habitants), localisés principalement dans les pays émergents, les experts des grandes institutions et ONG (WWF, Banque Mondiale, The Climate Group, WBCSD) ont clairement appelé les représentants gouvernementaux à inciter les investisseurs privés et les entreprises à opérer cette révolution industrielle verte : « zéro carbone et zéro déchets ». Si la Chine et la Corée sont les champions de la « green race » (la Chine dispose déjà de sept sites équipés de capture et stockage du carbone), les Etats-Unis, coincés dans une impasse politique au niveau fédéral, malgré des initiatives locales remarquables (Californie, New-York, …) sont cloués au pilori pour leur manque d’engagement irresponsable sur ces questions. La perspective d’un changement climatique de +3 ou +4°C d’ici la fin du siècle est rappelée, de sorte que l’implication de tous les gouvernements et tous les acteurs privés est indispensable pour accélérer cette mutation déjà engagée. Comme témoin d’une action gouvernementale engagée, Stewart Stevenson, Ministre de l’Environnement & du Climat pour l’Ecosse, a exposé le plan d’action volontariste d’un pays qui ambitionne de devenir la première économie mondiale bas carbone, tout en prouvant qu’elle génère des emplois et relance les investissements. Son Climate Change Act datant de 2009 a notamment comme objectifs -42% d‘émissions de GES en 2020, 80% d’électricité d’origine renouvelable en 2020, un plan ambitieux de développement des énergies renouvelables et des transports publics, et un plan « zéro déchet » doté d’un budget de £150 million pour la période 2008-2011. Vient ensuite le tour des représentants d’entreprises pour témoigner des innovations vertes réalisées et des bénéfices qu’elles ont pu en tirer. Nouveaux business models et green tech sont au rendez-vous. Toutes ces entreprises sont aujourd’hui leaders dans leurs domaines, et ces investissements, loin d’avoir entraver leur compétitivité, leur ont permis d’être reconnues sur leurs marchés et par leurs collaborateurs. Chez PepsiCo UK qui comprend 18 sites industriels, l’accent est mis sur l’empreinte carbone calculée pour tout le groupe sur un périmètre englobant le scope 3, ainsi que sur la transition engagée vers le remplacement de l’ensembles des énergies fossiles par des renouvelables en 2023. Pour Hitachi, qui mesure aussi son empreinte carbone globale, tant au niveau corporate que des produits, il est question notamment de mutation du transport vers le ferroviaire, de Green IT. Safechem, fabricant de solvants industriels, a révolutionné son business model pour passer d’un vendeur de flacons à un vendeur de conseil / formation dans l’utilisation de ses produits, dans le but d’améliorer la performance en optimisant la consommation des solvants. L’entreprise en collecte déjà les bénéfices. Interface Flor, fabricant de moquettes, a fait le pari réussi de l’écologie industrielle. Il est aujourd’hui un leader dans le domaine, en utilisant des déchets d’autres industries (comme les filets de pêche) pour sa propre fabrication. Puma, afin de rendre compte de ses externalités négatives, a matérialisé ses impacts environnementaux dans un P&L environnemental, grâce à l’aide de Trucost qui a utilisé son savoir faire dans l’exercice de valorisation. Concernant le financement de l’économie verte, les intervenants du B4E appellent les gouvernements et acteurs de la finance à mettre en place les incitations indispensables et les outils nécessaires pour « verdir » le monde de la finance. Comme cela a été le cas en UK avec la création de la Green Investment Bank en 2010. Les ressources naturelles sont soumises à des tensions toujours plus intenses. Qu’il s’agisse de l’énergie, de l’eau, des matières premières, la pression que font subir conjointement le changement climatique, la demande croissante liée aux nouveaux besoins des classes moyennes - en très forte augmentation dans les pays émergents, et la spéculation financière, tend à maintenir les prix en constante augmentation. Pour ces raisons l’accès à la nourriture, très dépendant de la disponibilité et des prix de l’énergie, de l’eau et des matières premières, devient une préoccupation majeure pour des centaines de millions d’habitants. Pour cette raison il est nécessaire d’avoir une vision intégrée des enjeux liés à la disponibilité des différentes ressources naturelles dans le contexte du changement climatique, car la réponse à ces questions d’une complexité inégalée ne peut être que globale. Selon le cabinet McKinsey, les opportunités liées à l’économie et à la productivité des ressources naturelles représentent 60% du capital nécessaire pour maintenir l’objectif de stabilisation des émissions de CO2 à 450 ppm. Pour autant, les prix de marché actuels ne reflètent pas nécessairement la réalité économique car en règle générale ils n’intègrent pas le coût des externalités négatives. Le cas est flagrant pour la tonne de CO2, qui à moins de 15 € sur les marchés, est estimée par nombre d’experts et d’économistes à plus de 30 €. La question de la productivité des ressources naturelles, sera donc le tout prochain challenge au cœur des stratégies industrielles d’entreprises, comme l’a été la question de la productivité des ressources humaines à la fin du XXème siècle. Les enjeux globaux majeurs auxquels sont confrontés les sociétés et les entreprises exigent de nouveaux modes de collaboration et de nouvelles approches du business. L’innovation est clé mais l’adaptation est capitale. Car si la mobilisation des technologies et des capitaux actuels, de même que l’innovation dans les technologies et les nouveaux services ouvrent la voie vers un futur plus soutenable, nous sommes aujourd’hui très loin de l’objectif de stabilisation du climat à +2°C. Aussi, le message adressé par l’ensemble des acteurs du sommet, entreprises comprises, à la COP-17, consiste à interpeller les gouvernements sur l’urgence à mettre en place les régulations nécessaires pour que les entreprises s’engagent massivement dans une révolution industrielle « verte ». Les bénéfices se répercuteront à tous les niveaux : macroéconomiques – création d’emplois, croissance et prospérité – et microéconomiques – valorisation du capital et pérennité. Pour chaque grand secteur d’activité, les entreprises ont construit un ensemble de propositions / mesures réalistes, constituant leur feuille de route à destination de la COP-17. Ces propositions sont basées pour la plupart sur des retours d’expérience, ajoutant une forte crédibilité à la démarche. Il est permis de rester optimiste même si tous ont conscience que la tâche est rude et immense. |